Premiers secours : des connaissances qui comptent en cas d'urgence
Peu d'aspects de la santé et de la sécurité au travail sont aussi indiscutables que la nécessité des premiers secours. Cela ne doit toutefois pas conduire à reléguer le matériel et les étapes organisationnelles au second plan. L'état actuel des premiers secours dans les entreprises et les établissements doit faire l'objet d'un examen critique régulier.

Il s'agit des premières mesures à prendre sur les lieux d'un accident, que même un profane peut appliquer pour sauver des vies ou atténuer les conséquences d'une blessure aiguë : En vertu de l'article 128 du Code pénal, chacun est tenu de prodiguer ces premiers secours, appelés ici "aide d'urgence". Cela ne s'applique pas seulement à la circulation routière, mais aussi au travail. Les entreprises et les employeurs doivent créer les conditions nécessaires à cet effet.
Une obligation élémentaire pour chaque entreprise
Selon l'ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (OLT 3), le matériel de premiers secours n'est pas un accessoire, mais une mesure obligatoire à mettre en œuvre dans chaque entreprise et établissement. Les moyens de premiers secours doivent
- être adaptés aux «risques d'exploitation, à la taille et à la situation géographique de l'établissement»,
- être bien visibles et facilement accessibles,
- être identifié par le signe «croix blanche sur fond vert» et
- être présents partout où ils peuvent être nécessaires en raison des conditions de travail.
Outre le matériel de premiers secours, il peut être nécessaire, selon l'entreprise et les risques encourus, de prévoir des locaux sanitaires supplémentaires avec des brancards.
L'organisation des premiers secours comprend également des collaborateurs qui, après avoir suivi un cours, font office de secouristes. Leur nombre n'est pas explicitement défini. A titre indicatif, le SECO recommande 1 à 2 secouristes jusqu'à 10 collaborateurs, puis 6, 8 ou 10 de manière échelonnée jusqu'à 50, 100 ou 250 collaborateurs. Dans les grandes entreprises, le nombre de secouristes et de postes de premiers secours dépend du concept de premiers secours de l'entreprise.
Risques de blessures sur place
Le contenu des trousses de secours et des trousses de premiers secours est normalisé. Néanmoins, l'équipement de premiers secours doit toujours être adapté aux dangers concrets et aux risques de blessures sur place. Selon le secteur et l'activité, la trousse de premiers secours doit donc être complétée, par exemple par des rince-œil, une pince à tiques ou une couverture de survie. De plus en plus de communes, de centres commerciaux, de transporteurs et d'autres entreprises investissent en outre dans des défibrillateurs.
Les trousses de premiers secours deviennent intelligentes et brillent dans l'obscurité
Même si l'équipement de base est généralement identique, il existe une large gamme de produits pour les trousses de premiers secours. Que ce soit sous la forme d'un coffret, d'une mallette ou d'un sac, d'une armoire murale ou d'une armoire mobile, il existe du matériel de premiers secours pour chaque situation d'entreprise ou de construction. S'y ajoutent des offres spécifiques à certains secteurs, comme les chantiers, les maisons de retraite et autres, ou des solutions spéciales comme les mallettes pour produits dangereux ou les mallettes pour brûlures. En fonction des risques sur place, les sites peuvent être transformés en stations de premiers secours. Également appelés Safety Point, Safety Station ou radeau de survie, ils offrent un point de contact central en cas de blessure, généralement complété par des indications sur les premiers intervenants, les délais de contrôle, le manuel de premiers secours, les recharges, etc.
Toutefois, il ne suffit pas de mettre à disposition une seule fois le matériel de premiers secours. Dès que du matériel a été prélevé, il doit être réapprovisionné. En cas d'urgence, les trousses incomplètes dont le contenu n'est pas clair ou qui ont dépassé leur date de péremption entraînent des retards inutiles et potentiellement lourds de conséquences. Ce devoir de diligence des responsables est facilité par de nouveaux systèmes intelligents et connectés qui surveillent l'état de toutes les trousses de premiers secours présentes dans l'entreprise. Ils enregistrent les retraits en temps réel et assurent immédiatement un réapprovisionnement automatique. Ainsi, chaque trousse est toujours remplie de manière adéquate, de qualité et conforme à la loi. Une autre innovation permet d'éclairer les boîtes de premiers secours afin de les retrouver rapidement, même en cas de panne de l'éclairage.
Contrôle rapide des premiers secours dans l'entreprise
Le matériel de premiers secours est-il...
protégés et conservés en toute sécurité ?
facilement accessibles et rapides à trouver ?
adapté aux blessures attendues sur place ?
suffisantes, complètes et dans leur date de péremption ?
Chaque collaborateur connaît
les numéros d'urgence ?
les emplacements des trousses de premiers secours ?
le chemin vers le défibrillateur le plus proche ?
les mesures immédiates pour sauver la vie, comme la position latérale de sécurité ou la réanimation cardio-pulmonaire ?
Les médicaments n'ont normalement pas leur place dans la trousse de premiers secours. En effet, les médicaments ne peuvent être distribués que par des médecins ou d'autres personnes autorisées. La trousse de premiers secours n'est pas conçue pour que les travailleurs puissent avoir accès à des analgésiques ou à un spray nasal en cas de besoin sur le lieu de travail. Il peut y avoir des exceptions si, en raison des dangers concrets sur place, un produit particulier doit être disponible, par exemple un antidote contre les morsures de serpent pour les employés du pavillon des reptiles d'un zoo.
Faire preuve de courage civil au lieu de sortir son téléphone portable
C'est malheureusement un phénomène récurrent : Au lieu de porter secours, les personnes présentes se mettent à filmer la scène et les blessés. Souvent, ces gaffers gênent les forces d'intervention et les opérations de sauvetage. Cette mauvaise habitude due à la recherche de sensations fortes doit être évitée dans l'entreprise dès le départ et, le cas échéant, il convient d'en parler clairement en indiquant les conséquences juridiques de la non-assistance à personne en danger.
Les cadres devraient en outre être conscients de l'effet psychologique de la diffusion des responsabilités. Plus il y a de personnes à proximité, moins l'individu est prêt à intervenir activement dans une situation d'urgence. Il doit aussi être clair dans l'entreprise : La peur de faire des erreurs lors des premiers secours est infondée : La seule erreur est de ne pas aider du tout. Chacun a la possibilité de rafraîchir ses connaissances en matière de premiers secours (samaritains, CRS, etc.), certains prestataires organisent également des cours en entreprise. Les patrons et les employeurs qui encouragent cette pratique et montrent l'exemple font preuve de responsabilité et de sollicitude.
Défibrillateur non professionnel : tout le monde peut devenir un sauveteur
Dans environ 17 cas sur 20, la mort cardiaque subite commence par une fibrillation ventriculaire. Un DAE (défibrillateur externe automatisé) peut arrêter cette stimulation erronée des cellules du muscle cardiaque. Un tel appareil peut être utilisé par n'importe quel profane. Il s'agit d'agir rapidement, car le manque d'oxygène dans le cerveau entraîne rapidement des dommages neurologiques. Les chances de survie diminuent de 10 % par minute de fibrillation ventriculaire. Il est important de savoir : L'utilisation du DAE ne remplace pas la réanimation cardio-pulmonaire, mais vient en complément.
Remarque : la plateforme defikarte.ch rassemble depuis 2020 tous les emplacements de DAE en Suisse. Jusqu'à présent, plus de 15 500 sites ont déjà été enregistrés.
Premiers secours pour l'âme
La gestion des accidents du travail graves ne s'arrête pas au transport du blessé à l'hôpital. En effet, il reste des collègues qui ont peut-être entendu les cris ou qui ont vécu l'accident de près. Une telle expérience bouleversante doit être assimilée. Cela vaut également pour les personnes qui sont arrivées après l'accident, qui ont vu les blessures et qui ont apporté les premiers secours.
Selon leur tempérament, les témoins d'un accident et les premiers intervenants peuvent être plus ou moins en état de choc. Les symptômes se manifestent tant sur le plan physique que psychique. Ils vont de la tachycardie, de la détresse respiratoire ou des vertiges à la confusion, au sentiment de paralysie interne ou à l'hyperactivité. Reprendre immédiatement le travail n'est généralement pas une bonne idée. En effet, dans un tel état émotionnel exceptionnel, chacun peut devenir un danger pour lui-même et pour les autres, même s'il semble calme en apparence. Les supérieurs ont la responsabilité d'empêcher la reprise du travail si nécessaire.
Si les symptômes persistent plusieurs jours après l'événement, les témoins d'un accident devraient faire appel à une aide professionnelle. En effet, si les expériences «graves» ne sont pas traitées, il existe un risque de trouble de stress post-traumatique (PTSD), qui se manifeste notamment par des problèmes de sommeil, des flashbacks (souvenirs récurrents obsessionnels) et une surexcitation. La situation est encore plus pénible pour l'individu lorsqu'un sentiment de culpabilité s'y ajoute après un accident mortel ou des dommages permanents. Une personne laissée seule dans une telle situation peut développer des troubles anxieux, des comportements addictifs ou des dépressions, voire une incapacité de travail. Des conséquences similaires peuvent se produire lorsque des personnes font l'expérience de la violence sur leur lieu de travail, par exemple de la part de clients, de patients ou de consommateurs agressifs.
Prévenir les traumatismes
En cas d'urgence, une entreprise ou une autorité peut faire beaucoup pour éviter de telles conséquences tardives :
Ne pas laisser les personnes concernées seules, mais les rattraper dans un espace protégé, les laisser parler et les écouter.
- Se protéger de la presse et des caméras.
- Veiller au nettoyage, à l'élimination des éclats et du sang, etc.
- Assister les personnes interrogées par la police.
- Organiser un retour à la maison en toute sécurité.
- Avoir une liste de personnes à contacter à portée de main (aumôniers d'urgence, psychologues, etc.).
Il est également possible de faciliter la gestion commune du deuil après la perte d'un collègue, par exemple en mettant à disposition un livre de condoléances. Toute prise en charge ultérieure et, le cas échéant, toute thérapie traumatique doivent bien entendu être confiées à des spécialistes. Les supérieurs devraient aborder ce sujet de manière confidentielle et protéger les personnes concernées de la stigmatisation.
L'auteur
Friedhelm Kring est journaliste indépendant, spécialisé dans la sécurité au travail
